Les mystères de la Cène

Les mystères de la Cène

Messagepar Jean-Claude Carton » Lun 12 Mars 2012 13:45

Les mystères de la Cène

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"Ecris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit."
(Ainsi parlait Zarathoustra Nietzsche)


La scène est connue… Mais la Cène reste un mystère que l’église de Rome a tenté de résoudre en instituant le sacrement de l’Eucharistie (mot dérivant du grec eucharistίa qui signifie « action de grâces »). Selon ce rite, quand un prêtre consacre les espèces du pain - représenté sous l’aspect d’une hostie fabriquée à partir d’une pâte sans levain - et du vin, ces aliments acquièrent instantanément les propriétés du Corps et du Sang du Christ par l’action miraculeuse de la transsubstantiation, ainsi définie par le concile de Trente en 1551 : « Par la consécration du pain et du vin s'opère le changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang ; ce changement, l'Église catholique l'a justement et exactement appelé transsubstantiation. » Toutefois, ce dogme avait déjà été imposé en l’an 1215 par le pape Innocent III, ce dernier étant plus connu pour avoir été l’instigateur de la croisade contre les Cathares.
Si on a la chance de posséder la légendaire foi du charbonnier (dont la naïveté était si grande que le diable en personne dut renoncer à le tourmenter), il est possible d’adhérer à un tel credo. Dans le cas contraire, il est difficile de croire en la réalité de cette transmutation de la Matière qui se renouvellerait chaque fois que l’on célèbre une messe ! Ce défi à la raison, comme aux lois reconnues par la physique, incite les esprits forts à ne voir dans ce rituel qu’une vulgaire superstition religieuse, héritée de ces siècles passés où la foi aveugle triomphait du simple bon sens. Et dans le mépris de leur vision cartésienne, ils ne cherchent même pas à comprendre comment une idée aussi « étrange » a pu perdurer pendant près de huit siècles, en étant acceptée par des millions de personnes au nombre desquelles se comptent parfois d’illustres savants (tels le mathématicien Pascal ou le paléontologue Teilhard de Chardin). Le plus incroyable, c’est sans doute cela, et l’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi cette métamorphose du pain et du vin véhicule un symbolisme assez puissant pour parler aux couches les plus profondes de l’inconscient humain. Mais pour tenter de répondre à cette question, il nous faut impérativement remonter à la « Source » du mystère.

Les évangiles synoptiques – ceux de Matthieu, de Marc et de Luc – décrivent le dernier repas de Jésus d’une façon identique, en employant pratiquement les mêmes mots ; à tel point que l’on ne sait trop lequel a inspiré les deux autres. Mais c’est dans l’évangile de Matthieu que l’on trouve la plus longue narration de la fameuse institution de l’Eucharistie : « Or, tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. » Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant : « Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés. » (Matthieu, Chapitre 26, Versets 26 à 28). En établissant la comparaison avec son Corps et son Sang, Jésus a ajouté un élément nouveau à la sacralisation du pain et du vin qui remonterait au temps des patriarches, puisqu’on la mentionne déjà dans la Genèse avec l’apparition du mystérieux Melchisédech.
L’épisode se situe après l’étonnante victoire remportée par Abraham, qui s’appelait encore Abram, contre les quatre rois de la Pentapole (terme grec désignant les cinq villes situées à proximité de la Mer Morte) ayant enlevé son neveu Lot. Et « Quand Abram revint après avoir battu Kedor-Laomer et les rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome alla à sa rencontre dans la vallée de Shavé (c’est la vallée du Roi). Melchisédech, roi de Shalem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Très Haut » (Chapitre 14, Versets 17 et 18). Ainsi, l’énigmatique personnage du Roi-Prêtre - mentionné ici pour la première et dernière fois dans l’Ancien Testament - avait l’obligation d’être muni du pain et du vin pour bénir le berger-nomade après sa transformation en redoutable guerrier ! Dans cette offrande de Melchisédech, certains chrétiens ont voulu voir une anticipation du sacrifice de l’eucharistie, d’autant que dans l’épître aux Hébreux attribuée à Saint Paul, l’apôtre établit une relation très étroite entre Jésus et le prêtre du Très Haut : « En elle (l’espérance) nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par delà le voile, là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus, devenu pour l’éternité grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech » (Chapitre 6, Versets 19 et 20).
Plus loin dans l’épître, on nous explique pourquoi cet ordre mystérieux loué dans le Psaume 110 est supérieur à tous les autres sacerdoces : « Les autres, en effet, sont devenus prêtres sans serment ; mais celui-ci l’a été avec serment, par Celui qui lui a dit : « le Seigneur a juré, et il ne s’en repentira pas : Tu es prêtre pour l’éternité. Et par suite c’est d’une alliance meilleure que Jésus est devenu garant. De plus, ceux-là sont devenus prêtres en grand nombre, parce que la mort les empêchait de durer ; mais lui, du fait qu’il demeure pour l’éternité, il a un sacerdoce immuable » (Chapitre 7, Versets 20 à 24). En un mot, aucun statut ne serait supérieur à celui du Prêtre-Roi qui devient un être quasi-surnaturel, puisque l’apôtre des Gentils dit à propos de Melchisédech qu’il « est sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n’ont pas de commencement et dont la vie n’a pas de fin » (Epître aux Hébreux, Chapitre 7, Versets 3). Et cet être extraordinaire, assimilé au Fils de Dieu, devait être en possession du pain et du vin pour témoigner de son statut exceptionnel…

Environ deux siècles avant la naissance de Jésus-Christ, la communauté des Esséniens qui s’étaient établis dans la région de la Mer Morte pratiquait aussi la bénédiction du pain et du vin, comme elle est décrite dans un des rouleaux découverts à Qumrân : «… quand ils prépareront la table pour manger, ou le vin pour boire, la prêtre étendra la main pour bénir les prémices du pain et du vin » (Manuel de discipline). Les manuscrits de la Mer Morte parlent souvent aussi d’un « Maître de Justice » semblable au « Roi de Justice » qui est la traduction littérale du nom de Melchisédech (Malki-Sèdèq en hébreu). Et si certains ont voulu voir dans la communauté essénienne des juifs dissidents, ils n’en suivaient pas moins la loi mosaïque, ce que nous confirme ce passage du document de damas : « Ainsi l’on doit s’engager à retourner à la loi de Moïse, car tout y est spécifié… » C’est sans doute la raison pour laquelle les Esséniens observaient avec tant de rigueur le rituel du shabbat où le pain et le vin tiennent une place de premier ordre.


D’après le livre de l’Exode, le shabbat aurait été institué par Dieu lui-même, dans le cinquième commandement qu’il donna à Moïse : « Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier ». Ce jour de repos (le mot shabbāt signifiant « repos ») célèbre la sanctification du 7ème jour qui marque l’achèvement de la création : « Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout le travail qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait chômé après tout son ouvrage de création » (Genèse, Chapitre 2, Versets 2 à 4). Le shabbat commémore aussi la libération des Israélites symbolisée par la sortie d’Egypte : «Tu te souviendras que tu as été en servitude au pays d’Egypte et que Yahvé ton Dieu t’en a fait sortir d’une main forte et d’un bras étendu ; c’est pourquoi Yahvé ton Dieu t’a commandé de garder le jour du sabbat » (Deutéronome, Chapitre 5, Verset 15). Et la désobéissance à ce commandement pouvait conduire à la mort, comme le dit ce passage de l’Exode : « Vous garderez le sabbat car il est saint pour vous. Qui le profanera sera mis à mort… Quiconque travaillera le jour du sabbat sera mis à mort » (Chapitre 31, Versets 14 et 15). Une telle sévérité serait justifiée par le verset suivant où le sabbat est comparé à une « alliance éternelle » (Verset 16) qui ne saurait être rompue une fois qu’elle a été conclue.

On retrouve cet esprit de rigueur dans la pratique du shabbat qui obéit à des règles extrêmement strictes et codifiées. Celui-ci débute le vendredi soir, au coucher du soleil, pour s’achever le samedi soir, à l’apparition des étoiles. L’entrée dans le shabbat est marquée par le rite pratiqué par le maître de maison qui commence par une récitation des quatre premiers versets de la Genèse (évoquant l’œuvre de création achevée au septième jour) et se poursuit par la bénédiction sur la coupe de vin en prononçant ces mots : « Béni es-Tu, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui crées le fruit de la vigne ». Ensuite, on procède à l’ablution rituelle des mains avant de bénir les deux pains du shabbat en récitant cette phrase : « Béni es-Tu, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui fais sortir le pain de la terre ». Traditionnellement, ce sont les femmes qui fabriquent elles-mêmes le pain du shabbat, celui-ci s’appelant « halmot » lorsqu’il est confectionné en forme de tresse pour représenter l’alliance entre Dieu et son peuple. Quant au vin, sa sanctification (désignée sous le terme de Kiddouch) évoque le « souvenir de Dieu » qui est associé à ce breuvage. Enfin, à la sortie du shabbat, le maître de maison allume une flamme qu’il éteindra en la plongeant dans la coupe de vin, conjuguant le feu de la lumière au feu contenu dans la boisson qui enflamme les esprits.


Le pain et le vin jouent un rôle tout aussi important dans le déroulement de la Pâque juive qui se dit en hébreu Pessah’. Ce mot, d’origine inconnue, se traduit généralement par « passage » ou « sauter par-dessus » (en prenant pour racine pâsakh, « sauter », que l’on rapproche du terme égyptien posekh, « moisson »). Pratiquée depuis 25 siècles, cette fête commémore la sortie d’Egypte qui précéda la traversée du désert avant l’arrivée en Terre Promise. Symbole de la liberté retrouvée, elle se célèbre pendant une semaine à partir du 14 du mois de Nissan, celui-ci correspondant à nos mois de Mars/Avril. Toutefois, à l’origine, le mois du printemps s’appelait Abib (ce mot signifiant « épis mûrs »), et marquait le début de l’année, suivant ce qu’il est écrit dans l’Exode : « Ce mois sera pour vous en tête des autres mois, il sera pour vous le premier mois de l’année » (Chapitre 12, Verset 2). Mais la Pâque célèbre aussi le « retour à la vie » avec la renaissance de la Nature sortant de son sommeil hivernal. C’est pourquoi elle s’est rapidement confondue avec la « fête des prémices » (du latin primus, « le premier ») qui, selon la loi de Moïse, prescrivait aux hébreux d’offrir à Dieu les premiers fruits de la terre ou les premiers-nés de leurs troupeaux. Une coutume que l’auteur André-Marie Gérard approfondit en remarquant que « symboliquement, Israël lui-même constitue les prémices de Yahvé, son bien particulier » ; de même, ajoute-t-il, que le Christ ressuscité représente les prémices de « ceux qui se sont endormis, car ils ressusciteront à leur tour ».
La Pâque est également la « fête des azymes » ou des « pains non levés », rappelant l’ordre donné par Yahvé : « Pendant sept jours, vous mangerez des azymes. Dès le premier jour vous ferez disparaître le levain de vos maisons car quiconque, du premier au septième jour, mangera du pain levé, celui-là sera retranché d’Israël… Vous observerez la fête des Azymes, car c’est en ce jour-là que j’ai fait sortir vos armées du pays d’Egypte. Vous observerez ce jour-là dans vos générations, c’est un décret perpétuel » (Exode, Chapitre 12, Versets 15 et 17). Là encore, nous retrouvons cette notion du pacte éternel entre Dieu et les hommes, comme dans le sabbat ou le sacerdoce immuable des prêtres-rois. Et si le premier jour de la Pâque est consacré au sacrifice de l’agneau, les jours qui le suivent sont entièrement placés sous le signe des azymes, avec l’obligation pour les pratiquants de nettoyer leur maison de la plus petite miette de pain fabriqué avec du levain. L’interdit s’étend même à « toute pâte levée » (désignée sous le nom de ‘Hamets), ainsi qu’à tous les produits contenant l’une de ces cinq céréales : blé, orge, avoine, épeautre, seigle. En fait, il s’agit de se débarrasser de tous les aliments qui peuvent se détériorer (le ferment représentant le « germe de destruction » qui va entraîner le pourrissement de la Matière), car ces derniers deviennent incompatibles avec l’idée d’une alliance éternelle.
Le vin, en revanche, conserve son caractère sacré dans le rituel de la Pâque qui est ponctué par le remplissage des cinq coupes offertes à chaque convive. Comme nous l’explique Albert Soued, « la coupe représente le cœur, le vin son sang et le cinq est à l’image de l’être humain représenté par l’étoile à cinq branches (tronc, bras et jambes) », et il est difficile de ne pas reconnaître dans ces symboles une tradition commune à celle du Graal qui associe la coupe et le sang versé par le Fils de l’Homme. Notons enfin que les mots hébreux Yain (vin) et Sôd (mystère) possèdent la même valeur numérique (70) ; ce qui, du point de vue de la science cabalistique, signifie que le Vin et le Mystère sont une seule et même chose.


On pourrait croire que les peuples judéo-chrétiens ont été les seuls à donner une dimension religieuse à ces aliments essentiels que sont le pain et le vin. Mais il suffit de se pencher sur les différents cultes à Mystères de l’Antiquité pour s’apercevoir que c’est loin d’être le cas…

Le plus ancien de ces cultes, apparu près de six siècles avant l’ère chrétienne, aurait été fondé par le légendaire Orphée que l’on surnomma le « père des Mystères ». D’une ascendance à la fois royale et divine (puisque la tradition nous dit qu’il était le fils du roi de Thrace comme du dieu Apollon qui lui aurait fait don de sa lyre enchantée), l’enfant de la muse Calliope aurait inventé tous les arts pour révéler aux hommes les préceptes de la vraie religion. Et c’est après son voyage en Egypte, où il aurait été initié aux mystères sacrés, que le prince des poètes se fit appeler Orphée, « celui qui guérit par la lumière ». L’existence historique de ce personnage mythique n’a jamais pu être prouvée, mais le courant religieux qui se répandit sous son nom allait être à l’origine d’une révolution spirituelle sans précédent dans tout le monde antique.
Les disciples d’Orphée (qui se nommaient eux-mêmes orphéotélestes ou « ceux qui enseignent les mystères d’Orphée ») se démarquaient du reste des hommes en vivant en marge des sociétés au sein desquelles ils évoluaient. Végétariens, ils condamnaient les sacrifices d’animaux et, tels des moines errants, se rendaient d’une cité à l’autre pour répandre leurs croyances. Par le biais de fables inspirées de la mythologie, ils enseignaient l’immortalité des âmes aspirant à se libérer de la prison des corps, ainsi que la nécessité pour chaque individu d’œuvrer à son propre « salut » par une purification de l’être, seul moyen de mettre fin au cycle des renaissances perpétuelles. Et c’est pour révéler ces secrets de la Vie et de la Mort qu’Orphée, après sa fameuse descente aux Enfers dont il ne put ramener sa chère Eurydice, aurait fondé son culte des mystères. Un culte qui reposait essentiellement sur le mythe évoquant la mort du jeune Zagreus, première incarnation de Dionysos.
D’après ce mythe, Zeus, le roi des dieux, se transforma en serpent pour s’unir à sa fille Perséphone - elle-même ayant l’apparence d’un serpent monstrueux pourvu de cornes - qui donna naissance à Dionysos Zagreus, le « petit cornu ». Pour le protéger contre la colère de sa divine épouse, le souverain de l’Olympe plaça l’enfant sous la garde des Curètes qui avaient veillé sur Zeus lorsqu’il était nourrisson. Mais les Titans, envoyés par Héra, réussirent à retrouver l’enfant qu’ils tuèrent, avant de le découper en morceaux pour le dévorer (excepté son cœur que l’on ramena à son père qui l’ingurgita afin de donner naissance au second Dionysos). Rendu furieux par l’horrible forfait qu’ils avaient commis, Zeus précipita les meurtriers dans le Tartare, et l’homme serait né des cendres des Titans foudroyés. L’espèce humaine aurait donc hérité de la double nature des Titans et de celle du jeune Dionysos dont l’essence fut « absorbée » par ses assassins. Les disciples d’Orphée expliquaient ainsi la propension de l’homme, issu de ce mélange, à faire le Bien comme le Mal, de même que sa capacité à réveiller le dieu qui sommeille en lui…


Sous l’influence de l’orphisme, Dionysos va devenir une figure emblématique des mystères, et le dieu de la Vigne sera indissociable de son complément féminin incarné par Déméter, la déesse du Blé. Contrairement à Gaïa, image de la « terre brute », Déméter symbolise la terre fertile et cultivée qui offre ses fruits en abondance pour nourrir les hommes. Divinité liée à l’agriculture, elle veille sur la croissance des végétaux, tout particulièrement sur celle des céréales qui seront ses principaux attributs (sa couronne étant formée par des épis de blé). Voyageant à travers le monde sous l’apparence d’une humaine, elle fait le « don du grain » à tous ceux qui savent lui offrir leur hospitalité. Et ses présents ont toujours une immense valeur, comme le montre le mythe rapporté par Homère qui nous raconte qu’un jour, la déesse s’éprit de Iasos « le semeur », qu’elle lui accorda ses faveurs « dans le sillon trois fois labouré », et que de leur union naquit Ploutos « la richesse ».

Sœur et épouse de Zeus, Déméter possède les pouvoirs des dieux de l’Olympe, dont celui de conférer l’immortalité aux humains en rendant leurs corps invulnérables. C’est ainsi que, dans l’hymne homérique qu’il lui consacra, le poète anonyme nous décrit de quelle façon Déméter prodigua ses soins au fils de Kéléos, le roi d’Eleusis : « Déméter nourrit dans les demeures le fils illustre du prudent Kéléos, Démophoôn, qu’avait enfanté Métaneiré à la belle ceinture ; et celui-ci grandit, semblable à un Dieu, sans manger de pain et sans être allaité. Et Déméter l’oignait d’ambroisie, et, le portant sur son sein, elle soufflait doucement sur lui comme sur l’enfant d’un Dieu. La nuit, elle l’enveloppait de la force du feu tel qu’une torche, à l’insu de ses chers parents, et il semblait merveilleux à ceux-ci de le voir grandir avec tant de vigueur, ayant l’aspect d’un Dieu. Et la Déesse l’eût mis à l’abri de la vieillesse et rendu immortel sans l’imprudence de Métaneiré à la belle ceinture, qui, observant une nuit, vit de sa chambre nuptiale parfumée. Et elle jeta un cri, frappant ses deux cuisses et craignant pour son fils ».
La réaction de la mère provoqua la colère de la déesse qui s’écria : « Hommes ignorants et insensés ! Impuissants à prévoir le bien ou le mal ! Tu as commis une grande faute par ta folie… J’aurais mis ton cher fils à l’abri de la vieillesse, et je l’aurai rendu immortel, et je l’aurai comblé d’honneurs sans fin. Mais voici qu’il ne lui est plus permis d’échapper à la mort… Cependant, il sera toujours honoré, car il a été reçu sur mes genoux, et il a dormi dans mes bras… Que tout le peuple me bâtisse un grand temple, et un autel dans ce temple, sous la haute muraille de la ville, sur le Kallikhoros et la colline élevée. Et, moi-même, je vous enseignerai mes Orgies, afin qu’à l’avenir vous me sacrifiiez selon le rite et que vous apaisiez mon esprit » (d’après la traduction de Leconte de Lisle).

Ce « drame » ayant fait perdre l’immortalité au jeune prince serait donc à l’origine de la fondation des mystères d’Eleusis, instaurés à la demande de Déméter qui ordonna aux hommes de l’y honorer en célébrant ses orgies (rappelons que, dans l’Antiquité, le mot ORGIE - venant du grec orgia – ne possédait nullement la connotation péjorative qu’on lui attribue de nos jours, puisqu’il désignait simplement les fêtes données en l’honneur d’une divinité). Mais la renommée du culte d’Eleusis devait s’étendre bien au-delà des frontières de la Grèce et, ralliant à lui les adeptes de l’orphisme, le sanctuaire de l’Attique finit par devenir le centre des Mystères qui allait rayonner sur le monde hellénique pendant plus de onze siècles !

Les prétendants aux mystères appelés « mystes » devaient passer par toute une série d’épreuves symboliques rappelant l’idée de la mort et de la résurrection, celles du grain enfoui dans la terre comme de l’initié appelé à renaître après avoir reçu la connaissance salvatrice. Seulement, avant d’être admis aux grands mystères, célébrés en septembre à la période des vendanges, il fallait avoir traversé les petits mystères qui se fêtaient au printemps, à l’époque des semailles. Et parvenu au bout de son parcours, le myste avait enfin le droit d’assister à la plus sacrée des cérémonies qui lui permettait d’accéder au rang d’épopte, ce terme étant appliqué à « celui qui a vu ». Destinée à rappeler l’union entre Zeus et Déméter, l’époptie représentait le dernier stade de l’initiation qui s’achevait par la présentation aux élus des épis moissonnés, ces derniers étant considérés comme « le plus grand, le plus merveilleux et le plus parfait des mystères ». Car, pour ceux qui savaient voir, le grain de blé « mûr » et sa récolte dévoilaient, à eux seuls, les secrets de la vie éternelle…


La clé des mystères d’Eleusis se cacherait dans le nom même de la déesse qui a fait l’objet de beaucoup d’interrogations. Selon l’hypothèse la plus courante, Déméter serait une variante de Gê-mêter, la « Terre mère », mais comme nous l’avons vu plus haut, Gê ou Gaïa ne peut être assimilée à « celle qui fait pousser ses dons » (un des surnoms de Déméter). Par contre, si l’on associe les mots grecs Dêmô, « construire », et Têras, « prodige », nous obtenons « celle qui construit un prodige » ; une épithète correspondant mieux à la divinité qui, selon une croyance remontant au VIIe siècle avant notre ère, aurait engendré le prodigieux Dionysos.


Dionysos n’est pas un dieu comme les autres… En fait, il est tellement étrange qu’il représente un cas unique dans le panthéon grec. Bien qu’il soit le fils de Zeus, la Terre est son royaume, et il semble plus proche des humains que des dieux de l’Olympe. Sa venue au monde a fait l’objet de nombreux récits qui, curieusement, ne s’accordent pas ; les uns voyant en lui l’enfant d’une déesse (de Déméter ou de Perséphone), tandis que les autres lui donnent pour mère une simple mortelle (Sémélé, fille de Cadmos, le fondateur de Thèbes) dont se serait épris le roi des dieux. C’est cette dernière version que le poète Ovide a retenue pour nous décrire la naissance de Dionysos : « Le corps d’une mortelle ne put supporter le tumulte céleste, et Sémélé périt dans les flammes, dons de son époux. L’enfant, à peine formé, est arraché au sein de sa mère et, tendre encore, - si ce prodige mérite créance - cousu dans la cuisse de son père, où il achève le temps de la gestation maternelle » (« Les Métamorphoses », Livre Troisième, 282-317). Cette légende, qui est à l’origine de la fameuse expression « sortir de la cuisse de Jupiter », nous révèle que Dionysos a grandi avec toute la FORCE de son père (la cuisse étant le support de l’être, elle symbolise le siège de sa force). Mais ce mythe nous rappelle surtout la caractéristique essentielle de ce dieu qui est né deux fois, d’où son surnom de Dissotokos, le « deux fois né ».

Par sa double naissance, Dionysos est un dieu ressuscité, ayant triomphé de la mort avant cet autre fils de Dieu qui voulut enseigner au pharisien Nicodème les secrets de la seconde naissance : « Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut. » (Jean, Chapitre 3, Versets 4-7)

Dans leur ouvrage sur « Les mystères de Jésus », les auteurs Timothy Freke et Peter Gandy ont mis en évidence les incroyables similitudes entre la figure majeure du christianisme et le dieu des mystères qui accomplissait le miracle de changer l’eau en vin, comme Jésus aux noces de Cana. Mais il existe des parallèles aussi frappants entre les mystères de Déméter et certaines paraboles évangéliques, la plus fameuse d’entre elles s’adressant tout particulièrement à des auditeurs Grecs : « si le grain tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean, Chapitre 12, Verset 24). Toutefois, c’est dans l’évangile apocryphe de Philippe que l’on trouve ce curieux passage qui assimile le blé au Christ lui-même : « Il n’y avait pas de blé lorsque le Christ, l’Homme accompli, vint ; du ciel Il apporta le pain afin que l’homme connaisse une nourriture d’Homme » (logion 15).

De même, Dionysos entretenait un rapport très étroit avec le blé, au point d’avoir été baptisé le « dieu du van », en référence à la tradition selon laquelle le nourrisson de Zeus aurait eu un van pour berceau. C’est pourquoi le van mystique, rempli des « prémices » des récoltes que l’on offrait au dieu, faisait partie des objets sacrés portés pendant les bacchanales (les fêtes consacrées à Bacchus, le Dionysos des latins). Symbole de purification - puisqu’on l’utilisait pour débarrasser les grains de leurs impuretés - le van allait aussi devenir un des attributs de Jésus, ainsi qu’on peut le lire dans la prédication de Jean-Baptiste : « Il tient en main le van ; il va nettoyer son aire, amasser le froment dans son grenier, mais brûler la paille dans un feu qui ne s’éteint pas » (Matthieu, Chapitre 3, Verset 12).

Le poète Euripide écrivait que le fils de Sémélé « vient avant tous les immortels », et ce dieu parmi les dieux se faisait reconnaître par son cri de victoire, celui que poussait le cortège des bacchantes pour répondre à l’appel de Dionysos : évohé ! Ce cri, qui lui valut son surnom d’Évios ou « dieu de l’évohé », serait aussi intraduisible que le nom de Yahvé révélé à Moïse qui, tel Orphée, fut « instruit dans toute la sagesse des égyptiens » (Actes des Apôtres, Chapitre 7, Verset 22). Et c’est au pays des pharaons que l’écrivain Edouard Schuré allait découvrir le lien subtil qui unit le dieu du buisson ardent (YHWH) au dieu païen « né dans le feu » :

« Le cri d’Evohé !, qui se prononçait en réalité : Hê, Vau, Hê, était le cri sacré de tous les initiés de l’Egypte, de la Judée, de la Phénicie, de l’Asie Mineure et de la Grèce. Les quatre lettres sacrées, prononcées comme il suit : Iod – Hê, Vau, Hê, représentaient Dieu dans sa fusion éternelle avec la Nature ; elles embrassaient la totalité de l’Etre, l’Univers vivant. Iod (Osiris) signifiait la divinité proprement dite, l’intellect créateur, l’Eternel-Masculin qui est en tout, partout et au-dessus de tout. Hê-Vau-Hê représentait l’Eternel-Féminin Eve, Isis, la Nature, sous toutes les formes visibles et invisibles, fécondées par lui. La plus haute initiation, celle des sciences théogoniques et des arts théurgiques, correspondait à la lettre Jod. Un autre ordre de sciences correspondait à chacune des lettres d’Evè. Comme Moïse, Orphée réserva les sciences qui correspondent à la lettre Jod (Jove, Zeus, Jupiter) et l’idée de l’unité de Dieu aux initiés du premier degré, cherchant même à y intéresser le peuple par la poésie, par les arts et leurs vivants symboles. C’est pour cela que le cri d’Evohé ! était ouvertement proclamé dans les fêtes de Dionysos, où l’on admettait, outre les initiés, les simples aspirants aux mystères. »


Malgré leur immense renommée, les cultes à mystères ne purent résister à l’avancée du christianisme qui finit par s’imposer, plus souvent par la force que par la conversion des âmes. Mais la nouvelle religion devait beaucoup s’inspirer du culte païen de l’homme-dieu, né d’une vierge un 25 décembre… Personnifiant la lumière dans la religion Mazdéenne, Mithra (« l’Ami » en langage védique) s’humanisa pour prendre les traits d’un dieu vivant, sans doute après la réforme opérée par le célèbre Zarathoustra. Ce dernier aurait prophétisé qu’un Grand Roi viendrait au monde, conçu « dans le sein d’une vierge », et qu’il serait mis à mort avant de ressusciter des profondeurs de la Terre. Les soldats revenant de l’Orient propagèrent le culte de Mithra qui, à partir du Ier siècle avant J.-C. jusqu’au IVème siècle de notre ère, se répandit dans tout l’empire romain. Ses mystères étaient célébrés dans des sanctuaires appelés mithréums, quelquefois établis au sein des grottes pour rappeler que Mithra était un dieu pétrogène ou « né de la pierre » ; un dieu dont la naissance miraculeuse était rappelée par ses qualificatifs de primogénitus, « Premier Né », et d’autogenitus, « l’Auto-Engendré ».

La plupart des scènes qui le représentent - toujours coiffé du bonnet phrygien devenu le symbole des esclaves affranchis - nous le montrent en train d’accomplir le sacrifice rituel du taureau primordial. Ce sacrifice devant faire le bonheur des hommes, puisque du sang de l’animal jaillit miraculeusement la vigne, et de sa colonne vertébrale germa le blé ! Mais dans l’enseignement des mystères, l’immolation du taureau représentait le salut apportant aux initiés la promesse de l’immortalité. Car c’est en versant le sang du taureau que Mithra régénère le monde pour s’élever au rang de Sauveur, ainsi que nous le confirme cette inscription découverte dans un mithréum de Rome : « Et tu nous as sauvés en répandant le sang porteur d’éternité ». La croyance dans le sang rédempteur se retrouve ainsi au centre des rites mithriaques qui, d’après le peu que nous en savons, comprenaient un baptême d’eau, des onctions de miel purificatrices (le nectar des abeilles étant, à l’instar de l’huile, un symbole de lumière) et la consécration du pain et du vin pendant le rite évoquant le dernier repas du « dieu de l’alliance » auquel serait venu se joindre Apollon. Puis, s’élevant dans le char du soleil, Mithra aurait regagné le ciel pour y attendre la fin des temps où, lorsque le Bien aura définitivement triomphé du Mal, les morts ressusciteront sous l’effet de son pouvoir.

Après ce (trop) rapide tour d’horizon, il nous faut admettre que les éléments de la Cène n’ont rien d’originaux, mais qu’ils sont bel et bien le fruit d’une transmission initiatique remontant à l’Egypte ancienne, berceau des religions à mystères comme de la révélation mosaïque. Maintenant, le moment est venu de se poser la question : quel enseignement crucial se révèle à travers les images du Blé et de la Vigne qui donnent le Pain et le Vin ? Pour y répondre, nous allons devoir lever le voile des mystères, en brisant le sceau du secret qui a été maintenu pendant plus de trois millénaires.
Hormis le processus initiatique suivi par les mystes, le secret s’est transmis essentiellement par deux voies : celle des symboles (conçus à l’intention de ceux « qui ont des yeux pour voir ») et celle des mots. Ces derniers, supports de la pensée comme de la parole, sont eux-mêmes une manifestation du Verbe incarné. Et dans la langue des alphabets sacrés - l’Hébreu, l’Arabe et le Grec, tous les trois possédant la particularité de fonctionner sur un mode alphanumérique - chaque mot comporte des sens multiples qui ne se découvrent qu’à la lumière des règles de l’étymologie ou de la Vraie Science (du grec Etumos, « Vrai », et Logos, « Science »). Ainsi, en étudiant les mots associés aux symboles, nous allons pouvoir pénétrer au cœur du mystère christique contenu tout entier dans le repas du Seigneur.

Le Pain et le Vin n’allant jamais l’un sans l’autre, on doit commencer par chercher ce qu’ils ont en commun pour les rendre à ce point inséparables. Tous deux sont le produit du travail des hommes et d’un savoir faire qui transforme la Matière sous l’action de son propre feu par le processus de la FERMENTATION (ce mot dérivant du latin Fervēre, « Bouillir »). Les ferments sont issus des levures qui produisent cette transsubstantiation, en faisant passer la farine de blé et le jus des raisins « au-delà de leur substance ». Et en utilisant le même mot, PYROS, pour désigner le Blé et le Feu, les concepteurs de la langue grecque ont voulu nous révéler que l’élément igné est l’agent de toutes les transmutations alchimiques, ou le sésame qui peut faire « lever » les pâtes les plus lourdes. Seulement, comme nous l’avons déjà remarqué, le levain est aussi synonyme de mort puisqu’il provoque, à plus ou moins long terme, le dépérissement des matières qu’il a engendrées (ce qui explique le rejet du pain levé pour les célébrations de l’eucharistie comme de la Pâque juive). Mais il y a le feu qui détruit et celui qui ressuscite ; un feu qui brûle avec ses flammes et un feu qui régénère par sa lumière…


L’évangile de Jean ne relate pas l’épisode de la Cène, tel que nous le connaissons à travers les relations des autre évangélistes. En revanche, il est le seul à nous en dévoiler le mystère par ces paroles de Jésus : « si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson » (Jean, Chapitre 6, Versets 53-55). Si Jésus était physiologiquement un homme semblable aux autres, c’est sa chair et son sang « transfigurés » qui peuvent VRAIMENT devenir une nourriture et une boisson dont les extraordinaires propriétés deviendraient un gage d’immortalité. Et nous retrouvons le même genre de relation avec le mot grec désignant le Corps, SOMA, identique au terme sanscrit attribué au breuvage sacré des immortels ; ce soma qui allait être personnifié sous les traits de la divinité védique ayant servi de modèle à Dionysos, l’un et l’autre symbolisant l’incarnation du feu divin.
Résumons-nous : le savoir antique, crypté dans les textes bibliques comme dans les récits mythologiques, nous enseignerait que la Matière renferme un « feu caché » capable de l’élever au-dessus d’elle-même pour engendrer un PRODIGE. Toutefois, si la connaissance de ce secret semble avoir été connue depuis les temps les plus reculés, aucun homme ne l’aurait accompli DANS SA CHAIR avant la venue de Jésus-Christ… Ce qui fit de lui le « Premier Né » ou le premier homme « né de Dieu » (Dios-Nésis), par opposition aux hommes « nés de la Terre » (Gé-Nésis). Pourquoi, aussi, nous aurait-il enjoint de manger son corps et de boire son sang si nous étions incapables de suivre son exemple ? A en croire les enseignements voilés dans les écoles des mystères comme dans les allégories des textes sacrés, tous les êtres humains auraient le pouvoir de « naître deux fois ». Il reste encore à découvrir par quel moyen nous pourrions, à notre tour, réussir l’impossible mariage de l’Eau (Matière) et du Feu (Esprit).


En parlant du feu secret des alchimistes, le célèbre Fulcanelli écrivait : « C’est ce feu de la mère nature qui est le principal artisan du grand Œuvre, et c’est lui que le Christ est venu mettre dans les choses et dont Il veut obstinément qu’il s’allume dans l’athanor ». L’adepte nous précisa également que « c’est sous l’influence de l’agent igné, principe spirituel et base de l’énergétisme, que s’opèrent toutes les transformations matérielles ». Et si la chair est le symbole de la pâte fermentée condamnée à se désagréger, le feu de la Vie ne peut se trouver qu’à l’intérieur de notre sang, d’où le tabou interdisant de consommer le sang que l’on assimile à l’âme de la chair : « Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang » (Genèse, Chapitre 9, Verset 4). Mais c’est le cabaliste Carlo Suarès qui nous a offert l’indice le plus édifiant en nous donnant la véritable signification du mot ADAM (associant le Aleph – symbole de l’immanence divine - avec le mot hébreu DAM désignant le sang) : « Adam est ALEPH PLONGÉ DANS LE SANG. Mais ce sang n’est pas totalement absorbant. Il peut devenir fécond cosmiquement, ce qui veut dire que le corps humain peut devenir un centre de radiation de l’énergie cosmique… Nous commençons à comprendre cette allégorie lorsque, au lieu de la considérer comme un mythe se rapportant à un très lointain passé, nous voyons que cet Adâm total peut entrer en existence en nous, dans l’instant présent ».

Jésus a dit : « Faites cela en mémoire de moi » (Luc, Chapitre 22, Verset 19). Mais que voulait-il dire exactement ? De reproduire un rituel dépourvu de sens quand on le prend « au pied de la lettre » ? Ou de réveiller le feu des métamorphoses pour transformer l’homme- animal (la bête à immoler du culte mithriaque) en homme-dieu ?

Au lecteur de réfléchir, selon son âme et sa conscience…

Jean-Claude Carton




Bibliographie :
Les manuscrits de la Mer Morte » de Millar Burrows, éditions Robert Laffont.
Dictionnaire de la Bible » d’André- Marie Gérard, éditions Robert Laffont.
Les symboles dans la Bible » d’Albert Soued, éditions Jacques Grancher Editeur.
Mythes et Mythologies » de Félix Guirand et Joël Schmidt, éditions Larousse-Bordas.
Les Métamorphoses » d’Ovide, éditions Folio Classique.
Les Mystères de Jésus » de Timothy Freke & Peter Gandy, éditions Aléthèia.
Les Bacchantes » d’Euripide, éditions Folio Classique.
Les Grands Initiés » d’Edouard Schuré, éditions Presses Pocket.
Les évangiles et l’histoire de Jésus » de Xavier Léon-Dufour, éditions du Seuil.
Les Demeures Philosophales » de Fulcanelli, éditions Pauvert.
La Bible restituée » de Carlo Suarès, éditions Cohérence.
L’évangile de Philippe » de Jean-Yves Leloup, éditions Albin Michel.
"Ne change pas ta nature si quelqu'un te fait mal, prend juste des précautions.
Préoccupes-toi plus de ta conscience que de ta réputation.

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